Et si l’avenir de l’agriculture se construisait aussi à plusieurs ?

C’est la question qui a animé notre webinar consacré aux installations agricoles en collectif, organisé par Devenir Paysanne Paysan le 1er juillet dernier.
Aux côtés d’Orane Larouère (Campus Montravel), de Céline Riolo (Les Fermes Partagées) et de Maëla Naël, paysanne et autrice, nous avons exploré une réalité qui suscite un intérêt croissant : celle de femmes et d’hommes qui choisissent de construire leur projet agricole ensemble.
Pourquoi ce modèle attire-t-il de plus en plus de porteurs de projet ? Maëla Naël paysanne en collectif nous a partagé ses expériences de terrain :
👉 Parce qu’il permet de mutualiser les investissements, le matériel, les équipements et les compétences, pour gagner en efficacité économique, partager les risques et renforcer la viabilité des projets.
👉 Parce qu’il favorise les complémentarités : associer cultures, élevage, transformation ou accueil crée des synergies entre les écosystèmes, valorise les ressources de la ferme et renforce sa résilience.
👉 Parce qu’il rassemble une diversité de compétences et de parcours. Chacun apporte son expertise, son expérience et son regard, enrichissant le projet collectif.
👉 Parce qu’il répond aussi aux aspirations de nombreuses personnes : rompre l’isolement, partager les responsabilités et construire un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.
Mais entreprendre à plusieurs représente aussi de véritables défis.
Avant même l’installation, il faut réussir à construire une vision commune : choisir un territoire, définir un calendrier, imaginer une organisation du travail, trouver un modèle économique et juridique adapté…, sans oublier de composer avec des dispositifs institutionnels ou bancaires qui ne sont pas toujours pensés pour ces formes d’installation.
Et une fois la ferme créée, le défi continue.
👉Comment partager les responsabilités ?
👉Le pouvoir de décision ?
👉Les revenus ?
👉Quelle place pour chacun dans le collectif ?
👉Comment prévenir les tensions et traverser les désaccords ?
Comme l’a rappelé Céline Riolo, ces questionnements sont naturels. Travailler en collectif vient souvent révéler les fonctionnements individuels, les attentes et parfois les fragilités de chacun. Ce n’est pas un échec : c’est une réalité qu’il faut apprendre à accompagner.
C’est pourquoi l’accompagnement humain est tout aussi essentiel que l’accompagnement technique.
Les Fermes Partagées accompagnent les collectifs dès les premières étapes : clarifier le projet commun, comprendre pourquoi entreprendre ensemble, définir un cadre partagé, une gouvernance, des modalités de communication, des règles de fonctionnement, un modèle économique et juridique, ainsi que les formes de mutualisation les plus adaptées.
À cette occasion, Orane Larouère et Céline Riolo ont présenté le parcours de formation dédié à l’installation en collectif, co-construit par Devenir Paysanne Paysan et Les Fermes Partagées.
Cette formation alterne apports méthodologiques, travaux collectifs et deux stages de terrain de 8 semaines et de 6 semaines au sein de fermes collectives. Une immersion qui permet aux participants de découvrir une diversité d’organisations, de bénéficier de l’expertise de collectifs déjà installés et d’expérimenter concrètement le “faire ensemble”.
Au-delà des connaissances techniques, ce parcours développe des compétences essentielles : coopération, gouvernance, fonctionnement des agrosystèmes, communication, cadre juridique, organisation économique… autant de clés pour construire un projet collectif durable.
Les échanges l’ont montré : les fermes collectives sont aujourd’hui un formidable terrain d’innovation. Elles expérimentent de nouvelles façons de produire, de coopérer, de gouverner et d’habiter les territoires. Elles transforment aussi profondément celles et ceux qui les portent. Comme l’ont souligné les intervenantes, on ne ressort pas d’un projet collectif tout à fait la même personne qu’au moment où l’on s’y engage : il invite à développer de nouvelles compétences relationnelles, à interroger sa manière de coopérer et à redonner toute sa place au sens du projet partagé.
Ce mouvement invite également les établissements de formation à faire évoluer leurs pratiques. Comme l’a expliqué Orane Larouère, leur rôle ne se limite plus à transmettre des savoirs : ils deviennent des coordinateurs de parcours, des facilitateurs de partenariats et des acteurs de l’accompagnement des projets collectifs.
Enfin, Maëla Naël a conclu en rappelant une idée essentielle : nous sommes profondément reliés. Entre les personnes, les fermes, les territoires et le vivant, les liens qui se tissent au sein des projets collectifs constituent sans doute l’une des plus grandes richesses de l’agriculture de demain.
Merci à Orane Larouère, Céline Riolo et Maëla Naël pour la richesse de leurs interventions, ainsi qu’à toutes les personnes présentes pour leurs nombreuses questions et le partage de leurs expériences.
Et si apprendre à coopérer devenait l’une des compétences essentielles pour construire l’agriculture de demain ?




